L’histoire d’une chienne chanceuse

639299320Je m’appelle Tila, ou plutôt c’est comme ça qu’on m’appelle ici. Je suis une petite chienne croisée Caniche. Mon ancienne maîtresse me décrivait comme « pas très belle mais affectueuse ». Cela fait environ 3 mois que je suis au refuge. Et il est vrai que je ne me plains pas car si on y réfléchit bien, j’ai de la chance d’être ici. On me donne à manger deux fois par jour, on me nettoie la cage et on me laisse même sortir de temps en temps avec les autres chiens. C’est mon moment préféré. Tous ceux qui comme moi, ne s’échappent pas, peuvent sortir gambader dans le champ qui se trouve derrière le refuge. On s’amuse à courir et à se poursuivre… J’adore ce moment même si parfois les plus grands me font mal en me poussant comme des brutes. Mais je ne renoncerais pour rien au monde à ces minutes de liberté. Parfois lorsqu’il pleut, ils ne nous laissent pas sortir, et ces jours se font plus longs, mais le lendemain, ils nous laissent rester dehors plus longtemps.

Les personnes qui prennent soin de nous sont fantastiques. Elles viennent tous les jours, elles sont toujours contentes et parlent et rient entre elles. La première sensation que l’on perçoit d’elles est une lumière blanche. Je ne parle pas de magie, bien évidement. Mais lorsque je les regarde, je ressens comme une onde blanche, quelque chose de doux et touchant. Je ne sais pas si vous me comprenez, mais pendant ces 3 mois, je me suis beaucoup attachée à elles. La personne que je préfère, c’est Marie. C’est une fille avec des lunettes et un peu rondelette qui ne vient que les après-midis. Lorsqu’elle arrive, la première chose qu’elle fait c’est passer devant toutes les cages et saluer tous les chiens un par un. Et on est vraiment nombreux ! Elle a toujours un mot gentil pour chacun d’entre nous. Mais la lumière de Marie est un peu éteinte. Je sens qu’elle est triste et j’aimerais l’aider d’une manière ou d’une autre. L’autre jour, je l’ai entendu susurrer quelque chose du genre « ce n’est pas juste ». C’était juste le jour où ils ont retrouvé une chienne avec ses 6 chiots morts dans un carton. Ils étaient morts de froid. Je sens que Marie absorbe trop notre douleur mais je ne sais pas quoi faire pour l’aider.

Avant je vivais avec ma famille. Je crois qu’à cette époque on m’appelait Daisy. Je ne me rappelle pas très bien, car la majeure partie du temps, ma maîtresse m’appelait mon cœur, ou louloute, alors que mon maître ne me dirigeait pratiquement pas la parole. Ma maîtresse était âgée, et parfois, nos promenades quotidiennes se réduisaient à un tour du quartier car elle se fatiguait très vite. On passait des après-midi entière à regarder la télé toutes les deux. Moi je dormais à côté d’elle pendant qu’elle tricotait et commentait les émissions. Parfois elle encourageait les participants ou se fâchait avec eux. On a suivi pendant des mois une série d’une petite fille aveugle qui finissait par retrouver la vue et se mariait avec un prince. Je me rappelle que lors d’un épisode, elle a même pleuré, et j’ai dû me rapprocher d’elle et lui faire des câlins pour qu’elle se calme.

Mais un jour, ma maîtresse n’a pas pu se lever du lit. Plusieurs personnes sont venues la voir et ils ont dit que son cœur n’allait pas bien. Moi je voulais leur crier que le cœur de ma maîtresse allait très bien, que c’était juste un grand cœur. Mais personne ne m’écoutait. Pendant des jours, ma maîtresse est restée couché dans son lit. Mon maître ne me laissait pas monter sur le lit avec elle alors je restais couchée sur ses chaussons qui étaient dans un coin. Et puis un jour, des hommes vêtus de blanc sont venus la chercher avec un brancard et l’on emmené. Moi je voulais les suivre mais ils ne m’ont pas laissé faire. Je me rappelle que pendant qu’ils la mettaient sur le brancard, je n’arrivais pas à voir la lumière de ma maîtresse. Comme si elle s’était éteinte.

Je ne me rappelle plus très bien ce qui s’est passé ensuite. Je sais juste que mon maître est venu me chercher et qu’il m’a mis la laisse comme si on allait se promener. J’ai trouvé ça bizarre parce que mon maître ne m’avait jamais emmené promener. On est partis en voiture et au bout d’un moment, on s’est arrêté devant une grille. On entendait pleins d’autres chiens aboyer. Moi j’avais peur mais quand j’ai entendu d’autres chiens je me suis un peu calmé. Mon maître a attaché la laisse à la grille et s’est éloigné en voiture à toute vitesse. 3 mois sont passés depuis.

Il semblerait qu’aujourd’hui, plusieurs personnes sont venues pour adopter un chien. Marie m’a raconté qu’un jour, une famille spéciale viendra et voudra m’adopter, moi. Je les verrais au travers de la grille et immédiatement je saurais que ce sont eux. Ma nouvelle famille. Mais pour le moment ça n’est pas encore arrivé. Beaucoup de personnes sont passées devant ma cage. Certaines se sont arrêtées pour me dire quelque chose, d’autres sont passées devant sans même me regarder. Mais je n’ai eu de connexion spéciale avec aucune d’entre elles. Aujourd’hui les visiteurs sont deux adultes et une petite fille. La petite fille a l’air d’avoir peur. Je pense que c’est normal qu’elle ait peur, tous ces chiens qui aboient en même temps c’est plutôt intimidant. Elle a d’énormes yeux marrons qui observent les moindres détails. Je me rends compte qu’elle dégage une énorme lumière blanche, à la fois douce et éclatante. Comme une étreinte. Et lorsqu’elle me regarde, je sais que c’est elle, la famille que j’attendais. Ils sont venus, ils sont là.

Si l’histoire de Tila vous a touché ou ému, n’hésitez pas à la partager. 

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